Dans la lignée de son excellente année 2021, le cinéma iranien commence 2022 sur les chapeaux de roue en France avec un nouveau film coup de poing : Marché Noir. S’intéressant au monde rarement abordé du trafic de devises et d’animaux, le film d’Abbas Amini tient en haleine du début à la fin grâce à une tension savamment orchestrée. Même si tout n’est pas parfait, la proposition de Marché noir est rafraîchissante, notamment à une époque où les thrillers purs et durs manquent cruellement au cinéma.
Une prolongation de l’état de grâce du polar iranien
Depuis une paire d’années, le cinéma iranien semble avoir trouvé la clé pour faire les bons polars/thrillers que le cinéma occidental ne fait plus que trop peu. Tout commence par la vision glaçante d’un abattoir de nuit, où l’inquiétant reflet métallique des outils ensanglantés qui jonchent le sol donnent le ton. Petit à petit, on comprend que cet abattoir, son responsable et son gardien ont quelque chose à cacher. Photographiés dans un gris saturé qui ne laisse que peu de place au doute, les personnages qui « font » le mal entrent en contraste durant tout le film avec ceux qui cherchent simplement la vérité, baignés dans une lumière jaune plus douce à l’œil.Au milieu de tout cela, Amir, le personnage principal campé par Amirhosein Fathi, oscille en permanence entre le gris et le jaune, le bien et le mal, le trafic et le doute. Tiraillé entre l’envie naturelle d’aider son père embourbé dans une affaire qu’il ne contrôle pas et le besoin de saisir n’importe quelle opportunité pour s’en sortir, Amir est un personnage aussi bien écrit qu’il est moyennement interprété par Amirhosein Fathi. Trop mutique et peut-être trop en retenue, Fathi ne réussit pas à transmettre tout le dilemme moral qu’il est censé incarner. Dommage, car c’est certainement l’aspect le mieux écrit d’un scénario déjà très réussi, dans la lignée des récents films iraniens à avoir trouvé le chemin jusqu’à nos salles. Dommage également, car toute la galerie de personnages secondaires est remarquablement campée par ses acteurs et actrices.
Une mise en scène haletante qui masque les longueurs