En focalisant sa caméra sur Savannah, étudiante admise à l’Ecole Normale Supérieure et militante investie dans le mouvement Nuit Debout (printemps 2016), Jeanne Dressen réalise avec A ma place, un documentaire doux-amer sur les désillusions et émotions d’une certaine jeunesse investie et partagée entre ambition personnelle et conviction de la rue.
Contrairement à ce que les premières images laissent supposer, A ma place n’est pas proprement un documentaire militant. Si sa toile de fond est bien le mouvement Nuit Debout, mouvement de protestation et de discussion militante opposé à la Loi Travail sous Hollande, il n’est ni dans une démarche de restitution minutieuse d’un évènement politique, ni dans un objectif de persuasion. Ici, la réalisatrice pose sa caméra, capte des discussions, des instants, en manifestation mais également dans la vie de tous les jours de Savannah.
Euphorie et désillusion
Si ce parti pris peut exclure une large part du public, les non-militants en premier lieu, il devient très riche pour celles et ceux qui se reconnaissent dans le portrait qui nous est dressé. L’articulation de la lutte avec les études, la famille plus ou moins réceptive à l’engagement politique qui revêt une place de plus en plus importante dans la vie sont autant de situations que reconnaitra tendrement tout étudiant de classes moyenne et populaire avec des sensibilités de gauche. Un parti pris relativement individualiste, donc, puisqu’il ne réfléchit pas son sujet comme collectif.Pour autant, Jeanne Dressen maîtrise son objectif et parvient, en une heure de métrage, à restituer le cheminement intérieur de Savannah: les premières euphories du mouvement, les désillusions, l’envie de moins s’investir, puis la réflexion nostalgique a posteriori ; tout y passe, et il sera assez difficile pour un militant de ne pas se reconnaître dans ce parcours certes singulier (tout le monde ne prétend pas intégrer l’ENS) mais aussi universel.



